POURQUOI NOUS DEVONS SOUTENIR OUSMANE SONKO ET FAUSTIN-ARCHANGE TOUADERA
Que les Africains de la zone francophone, du pré-carré néocolonial français aient de l’intelligence politique et sachent lire les signes du temps dans les évènements importants et insolites se déroulant sous leurs yeux.
C’est au Centrafrique du président Faustin-Archange Touadéra, en Afrique centrale, et au Sénégal, non de Macky Sall, mais bien d’Ousmane Sonko, en Afrique de l’ouest, que se joue le destin contrarié de la Françafrique. Touadéra est déjà chef d’Etat, mais Sonko le sera bientôt, car la situation de dégradation socio-politique au pays de la Téranga peut précipiter les évènements avec une démission de Macky Sall, comme Ibrahim Boubacar Keïta en août 2020, et une élection présidentielle anticipée où le leader du Parti du Sénégal pour le Travail, l’Ethique et la Fraternité (PASTEF) a toutes les chances de l’emporter.
La Françafrique conçue par le général Charles de Gaulle, dès l’assassinat de Ruben Um Nyobe, en septembre 1958, pour résoudre l’équation Union des Populations du Cameroun (UPC), a près de 63 ans d’existence et sévit radicalement en Afrique francophone. Jacques Foccart, ayant reçu ce mandat du président français, a mis en place un dispositif efficace, retors et en dehors de toute législation internationale dont la mission était de préserver le pré-carré néocolonial français d’Afrique tout en prétendant mensongèrement que ces colonies étaient devenues indépendantes au cours de l’année 1960.
Ayant conçu et élaboré seule et sans contrepartie africaine, depuis l’Elysée à Paris, les accords secrets coloniaux pompeusement connus sous les termes fallacieux d’accords de coopération, la France de Charles de Gaulle s’est employée à les faire signer à ses hommes-liges, qui avaient accédé à la tête des jeunes Etats africains après l’élimination systématique des véritables leaders indépendantistes. Après la signature des fameux accords survenue la veille, la « pseudo-indépendance » était proclamée le lendemain. Les Africains entraient dans un rêve, une illusion de souveraineté quand dans la réalité, et hors du rêve, la France continuait d’imprimer de son sceau impérial le destin de ses territoires africains fraîchement « indépendants ».
Le Génie de Charles de Gaulle fut de desserrer les liens coloniaux avant qu’ils ne se rompent. Comme il le dira dans ses « Mémoires d’espoir / 1958-1962 », je le cite : «j’ai habilement fait passer la colonisation en coopération.» Foncièrement hypocrite, le néocolonialisme gaulliste porte une marque de duplicité qui a fait son succès plus d’un demi-siècle durant en Afrique: un discours de lumière voltairien proféré en plein jour et des actes esclavagistes colbertiens pratiqués en pleine nuit. L’efficacité de la Françafrique reposait sur (1) l’obscurité ou l’opacité qui entourait tous ses actes illégaux, (2) le silence ou l’omerta à observer pour tous ses acteurs ou la mort pour les bavards et (3) le déni systématique de l’existence d’une pareille opaque organisation. La Françafrique devait agir sans être connue, et toute mise à l’index de ses actes indélicats était taxée de complotisme et faisait passer son auteur pour insensé.
Bien que brillant stratège, Charles de Gaulle n’en était pas pour autant un Dieu omniscient. Il n’a pas prévu les réseaux sociaux qui mettraient des projecteurs de lumière sur les zones obscures d’action de la Françafrique. Depuis l’avènement d’Internet dans la moitié des années 1990, l’hydre à plusieurs têtes ou la pieuvre aux multiples tentacules est vue, sue, connue et démasquée. Si la France disposait encore d’un stratège visionnaire comme l’homme du 18 juin 1940, elle aurait indubitablement, pour ses intérêts, améliorer son système néocolonial en lui faisant changer de peau tout en gardant l’esprit ou le fond. Il apparaît à la lumière de ses 30 dernières années que la Françafrique ne s’est pas renouvelée et que, face aux nouvelles conditions émergentes, son tissu craquelle, se fendille pour bientôt finir en mille morceaux.
La jeunesse africaine néopanafricaniste, décomplexée, compétente, consciente et agissante a dorénavant compris le réel mal à l’origine du sous-développement de l’espace africain francophone. Elle sait que la pauvreté des peuples d’Afrique enrichit le peuple de France. Elle sait que les immenses ressources naturelles ou matières premières africaines exploitées par les multinationales ou entreprises françaises enrichissent l’Etat français et l’oligarchie économique, financière et politique de ce pays européen considéré comme une grande puissance mondiale. La nouvelle génération africaine sait que l’Afrique et les DOM-TOM sont le piédestal à trois marches sur lequel se hisse la France pour obtenir une taille voisine à celles des USA, de la Russie, de la Chine et de la Grande-Bretagne afin de figurer comme membre permanent au Conseil de sécurité des Nations-Unies. Elle sait que sans les voix des 14 ou 15 Etats africains francophones à sa solde, grâce aux dictateurs redevables qu’elle soutient indéfectiblement, sa petite voix hexagonale représentant environ 67 millions d’âmes ne pèserait guère face aux géants dont les populations se comptent en centaines de millions voire en milliards. Elle sait que sans l’uranium du Gabon et du Niger, la France ne serait pas une puissance nucléaire. Sans le pétrole des pays Africains, la multinationale TOTAL, ancienne ELF, ne serait rien car la France n’a aucune goutte d’or noir. Cette nouvelle génération africaine sait que sans les matières premières africaines, l’industrie française – pour ce qu’il en reste – ne serait pas florissante. Enfin, elle sait que sans les bases et opérations militaires françaises déployées en Afrique francophone pour contrôler totalement ses « territoires indépendants », la France serait classé au niveau mondial entre le Portugal et l’Albanie. De tout cela, la jeunesse africaine néopanafricaniste est parfaitement consciente désormais.
De la conscience à l’acte de souveraineté, il n’y a qu’un pas. Et aujourd’hui deux hérauts de la renaissance africaine sont en scène et soutenus par une jeunesse africaine qui se reconnaît en eux. Il y a d’abord Faustin-Archange Touadéra, président du Centrafrique, qui a permis à la Fédération de Russie de prendre pied en Afrique centrale. En signant des accords secrets de défense et de sécurité avec la deuxième puissance militaire du monde, le stratège mathématicien s’est assuré de deux acquis indéniables : (1) protéger le Centrafrique en réduisant les mouvements rebelles soutenus secrètement par l’ancienne puissance coloniale et (2) faire mourir la Françafrique en Afrique centrale par le départ définitif des troupes françaises d’occupation et certainement la sortie programmée de la République centrafricaine de la zone monétaire du Franc CFA. Ensuite, nous avons Ousmane Sonko, qui mène un combat similaire comme leader principal de l’opposition avec un profil anti-françafricain assumé quand il recommande la fin de la zone monétaire CFA dans la région économique francophone de la CEDEAO. S’il devient chef d’Etat au Sénégal, d’ici à février 2024, alors comme Faustin-Archange Touadéra, il aura toutes les coudées franches pour exécuter son projet de société, car disposant à présent de la plénitude des pouvoirs conférés à la fonction présidentielle.
Une nouvelle Afrique francophone se construit actuellement sous nos yeux et se débarrasse inéluctablement de la Françafrique. Si le Centrafrique par Touadéra a signé l’acte de décès de la Françafrique, son inhumation se fera au Sénégal sous l’égide de Sonko.
D’ici 2030 au plus tard, nous ne parlerons plus de Françafrique en Afrique francophone.
C’est écrit dans les astres et cela resplendit sur la terre.
Ceux qui ont l’œil d’Oujdat ont déjà vu ces signes du temps.
Fait à Bangui et à Dakar, le 08 Mars 2021
- JOURNEE INTERNATIONALE DES DROITS DE LA FEMME -
Privat Ngomo./-
