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La nouvelle Afrique centrale selon NGOMO Privat.
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La nouvelle Afrique centrale selon NGOMO Privat.
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3 juin 2019

LETTRE OUVERTE AUX AMBASSADEURS DES ETATS DE L’UNION EUROPEENNE EN AFRIQUE

Excellences Messieurs les Ambassadeurs,

Vous voudrez bien nous pardonner cette adresse empruntant un canal si peu conventionnel au regard des usages diplomatiques, mais la situation préoccupante que l’on constate dans nombre de pays africains de l’espace francophone depuis des années, d’une part, et l’issue des dernières élections européennes de mai 2019, d’autre part, ont achevé de nous convaincre d’user de ce procédé non classique mais bien dans l’air du temps.

En effet, les nouvelles technologies de l’information et de la communication ont fait de la terre un petit village planétaire, en sorte qu’une action conçue à Washington, exécutée à Berlin, a des répercussions à Libreville dans des délais qui sont dorénavant très courts. Cette proximité d’action, malgré les distances géographiques séparant les nations du monde, doit nous amener à adopter de nouveaux comportements pour réagir efficacement et avec célérité face aux crises et périls qui menacent nos sociétés.

Les observations faites par l’ensemble des analystes politiques, relatives aux résultats des dernières élections européennes de mai 2019, font état d’une poussée inquiétante des partis d’extrême-droite et parfois de gauche dans tous les Etats de l’Union européenne, à l’exception notoire de la Belgique (3.70%), la Croatie (1.84%) et la Lettonie (11.51%) qui enregistrent des scores à la baisse, et l’Espagne (0.10%) qui stagne. L’Italie franchit la barre de 50% et apparaît désormais comme le pays de l’Union européenne où les partis d’extrême droite et gauche, qui gouvernent déjà depuis juin 2018, ont encore de beaux jours devant eux. Les Etats comme l’Allemagne (12.60%), la Hongrie (19.18%), la Norvège (15.20%), les Pays-Bas (13.10%), la République tchèque (11.73%) et le Royaume-Uni (12.70%) ont allègrement franchi, les uns, la barre des 10% et les autres, celle des 15%. Les scores deviennent plus importants avec des pays comme la France (21.30%), le Danemark (21.10%), la Bulgarie (21.30%), la Pologne (25.04%) et l’Autriche (25.97%) qui ont tous franchi la barre des 20% voire 25%.

 

XtrmDrt_ElectEuro2019b

Excellences,

Ces chiffres, qui ne sont pas de bonnes nouvelles pour les démocraties occidentales, interpellent au regard de l’histoire européenne du siècle dernier, précisément celle des années 30-40. Les causes à l’origine de la montée actuelle de ces partis d’extrême droite ou gauche, nous en convenons tous, ne sont pas les mêmes. Toutefois, les résultats constatés sur le terrain sont assurément identiques : recul progressif des partis démocratiques modérés et montée en puissance des formations néo-fascistes.

Comme le font ressortir les débats et analyses sur la question, et de l’avis de presque tous, l’Europe est malade et manifestement en panne, puisqu’incapable de trouver remède à la crise qu’elle traverse, ce qui est loin de rassurer ses citoyens. La conséquence est le repli nationaliste et souverainiste, notamment manifesté par  le rejet de la monnaie unique européenne.

A l’examen, il apparaît que la situation difficile que connaît aujourd’hui l’Europe est essentiellement due à (1) la politique d’austérité budgétaire imposée aux Etats de l’UE par la commission européenne de Bruxelles, (2) l’insuffisance de politique sociale européenne avec un déséquilibre de plus en plus important entre les populations riches et les couches sociales les plus défavorisées, (3) l’absence d’une vision politique européenne claire (fédéralisme ? confédéralisme ? Europe des nations ?) et surtout (4) l’immigration, clandestine ou non et (5) le péril islamiste. 

C’est précisément de l’immigration dont nous souhaitons vous entretenir, car elle apparaît dorénavant comme une des causes cardinales et communes à la poussée de tous les courants politiques d’extrême droite ou gauche des différents pays de l’Union européenne.

Si l’Italie enregistre un score de 50.03% de ses formations politiques extrémistes, déjà aux affaires, cela n’est point le fait du hasard. La guerre en Lybie déclenchée en 2011 par les forces de l’OTAN, précisément la France et la Grande-Bretagne n’est pas étrangère à cela. La vague déferlante d’immigration que cette regrettable guerre a suscitée vers les côtes de l’île de Lampedusa, au sud de l’Italie dans la mer Méditerranée, est un facteur déterminant qui a permis à la Ligue de Matteo Salvini et au Mouvement 5 étoiles de Luigi Di Maio de prendre le pouvoir, le 1er juin 2018 à Rome.

Pourquoi, en effet, les Italiens devraient-ils assumer des conséquences humaines et économiques désastreuses qui ne résultent nullement de la politique extérieure et militaire de leur gouvernement ? En portant à la tête de leur pays, lors des dernières élections législatives de mai 2018 ces deux formations d’extrême droite et gauche, les Italiens traduisent un certain rejet de la politique étrangère européenne belliqueuse et guerrière où les nations qui la mènent, ne sont pas celles qui subissent de facto les premières conséquences. 

Outre les réfugiés de guerre libyens qui veulent rejoindre le pays d’Umberto Bossi, il y a aussi les immigrés économiques qui veulent échapper à la misère dans leur pays et sont prêts pour cela à risquer leur vie dans la traversée, en bateau de fortune, de la Méditerranée. Nombre d’Africains ressortissants de l’espace francophone font souvent partie de cette terrible aventure. Pourquoi l’Italie – et à cause de l’espace Schengen, l’Europe – devrait-elle « accueillir toute la misère du monde » alors qu’une nation européenne bien identifiée désormais est à l’origine de l’extrême pauvreté des pays africains qui ont en partage le franc CFA ?

Quand la chancelière Angela Merkel décide de donner l’asile à près d’un million de réfugiés à cause de l’immigration suscitée par la guerre en Syrie, débutée le 15 mars 2011, elle ne se doute pas un seul instant qu’elle sera le premier chef d’Etat allemand, post-seconde guerre mondiale, à voir un parti néo-nazi entrer au Bundestag. Alternative Für Deustchland (AFD) créé en 2013, obtient 13% aux dernières élections législatives de septembre 2017 et envoie 94 députés au parlement allemand, devenant ainsi le premier parti d’opposition à la coalition SPD-CDU/CSU encore conduite par l’actuelle chancelière. Qui l’eut cru ?

Le discours radical anti-immigration et anti-islam de l’AFD a payé et s’est révélé plus efficace que quand le parti néo-nazi développait un discours plus « professoral » anti-euro en pleine crise grecque. Pourtant, la « Bundeswehr » n’a envoyé aucun avion bombarder les positions militaires pro-Bachar El Assad, en Syrie. Pourquoi donc le peuple allemand devrait faire les frais d’une politique militaire et extérieure qui n’est pas du fait du gouvernement de l’Allemagne ? Et combien les nations européennes - bien identifiées - qui ont participé à cette guerre au Proche-Orient ont-elles accueilli de réfugiés syriens, victimes de leurs bombardements ?

XtrmDrt_ElectEuro2019

Excellences,

La question de l’immigration (clandestine ou non) qui devient un problème structurel et récurrent en Europe, comme le chômage, ne peut se résoudre véritablement que si des solutions politiques et économiques envisagées s’attaquent réellement et sans faux-fuyant aux véritables racines à l’origine des différentes déferlantes immigrantes. 

Les cas de guerre cités avec leurs flux migratoires vers l’Europe, et les immigrés clandestins économiques venus d’Afrique francophone renvoient tous à un seul pays qu’il convient à présent  de nommer très clairement: la France. 

Le soutien indéfectible que la France assure aux dictateurs africains est à l’origine de l’extrême pauvreté et de l’instabilité sociale qui sévissent dans les pays africains de l’espace francophone. La France et ses relais africains pillent les richesses naturelles au détriment des populations locales, dont la jeunesse est alors forcée d’être candidate à l’immigration (clandestine) vers l’Europe, à la recherche d’un meilleur avenir. Cependant, ces jeunes immigrés, dont beaucoup perd la vie en mer Méditerranée, seraient restés chez eux, si des gouvernements légitimes et compétents avaient créé dans leur pays les conditions requises pour les garder. Mais ces gouvernements ne peuvent être légitimes que s’ils sont l’émanation de la volonté populaire, l’expression d’une réelle souveraineté nationale affirmée lors des différentes élections générales où les citoyens choisissent librement leurs dirigeants. Malheureusement, l’ingérence française, qui n’a jamais cessé depuis la colonisation, empêche la manifestation réelle et effective de cette souveraineté nationale par le maintien de classes dirigeantes africaines corrompues qui, par l’illégitimité et la prédation qui les caractérisent, perpétuent la paupérisation et l’instabilité sociale en Afrique francophone.

Permettre un réel développement économique des pays d’Afrique francophone assurera des emplois bien rémunérés in situ. Ceci aura naturellement pour conséquence de ralentir voire freiner de manière significative les flux migratoires des pays africains de l’espace francophone vers l’Occident, et donc d’affaiblir les mouvements politiques d’extrême droite ou gauche d’Europe.

Excellences,

Mener des guerres dans des terres lointaines pour instaurer « la démocratie à l’occidental » est un argument spécieux auquel plus personne ne croie depuis l’échec des tentatives irakienne, libyenne et syrienne. Pire, les vagues d’immigration que ces guerres génèrent en direction de l’Occident risquent de porter la guerre in fine sur la terre … d’Europe !

Plus que jamais, la sagesse et l’intelligence dont ont souvent fait preuve les nations européennes devant les grandes situations de crise doivent prévaloir. Parce que c’est finalement toute l’Europe qui en supporte les conséquences, quand les bénéfices ne vont qu’à certains, les nations de l’UE devraient aujourd’hui repenser les politiques militaire et extérieure des pays membres.

La France, particulièrement indexée, devrait être encouragée à revoir fondamentalement sa politique étrangère en Afrique francophone, notamment son soutien constant aux dictatures, en considérant trois faits majeurs : (1) la désespérance d’une jeunesse africaine prête à tout pour accéder à la prospérité et à la liberté qu’on lui refuse chez elle, (2) la bombe démographique que constitue l’Afrique noire, avec plus de la moitié de sa population âgée de moins de vingt ans, et (3) la détermination d’une nouvelle génération plus instruite et plus imaginative que ses aînés sur le déclin.

Ne pas tenir compte de ces facteurs appelant à un nécessaire et rapide changement du paradigme des rapports avec l’Afrique noire, c’est s’obstiner, comme le fait malheureusement jusqu’ici la France, dans une voie incertaine et périlleuse, à contre-courant de la marche de l’Histoire.

Et il est alors à craindre qu’à terme, ni la France ni l’Europe ne sorte indemne d’une cécité politique qui nie, contre toute évidence, les mutations en cours tant chez les peuples africains qu’européens.

Veuillez bien croire, Excellences, à l'expression de notre parfaite considération. 

 

Fait à Helsinki, le 02 juin 2019

 

Par Privat Ngomo./-

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